Affichage environnemental

L'affichage environnemental des produits de grande consommation (parfois appelé à tort étiquette carbone) fait partie des engagements du Grenelle de l'environnement et devrait entrer en vigueur au premier janvier 2011. Il vise à fournir au consommateur une indication du coût environnemental de ses achats. Les modalités pratiques de sa mise en œuvre sont actuellement en discussion au sein de groupes de travail coordonnés par l'ADEME et l'AFNOR. Cet article fait le point sur l'avancement de ces travaux.

Favoriser la consommation responsable

Selon une enquête Eurobaromètre, 75% des européens se disent prêt à acheter des produits écologiques même s'ils sont plus cher. Encore faut-il que le consommateur dispose d'une information fiable et facilement compréhensible lui permettant d'identifier les produits éco-responsables. C'est le but de l'étiquetage énergétique des appareils électroménagers mis en place par la commission européenne dès 1992 (Directive 92/75/CEE). C'est aussi l'objectif recherché par les initiatives d'affichage environnemental des produits de grande consommation qui se développent en Europe et ailleurs.

L'affichage environnemental obligatoire en France au premier janvier 2011

Selon le projet de loi « Grenelle II » adopté au Sénat en octobre 2009, le consommateur devra, dès janvier 2011, être informé du contenu en équivalent carbone et des autres impacts imputables au couple produit/emballage au cours de leur cycle de vie. Les modalités d'applications seront définies par décret pour chaque catégorie de produit en tenant compte de « la spécificité des très petites entreprises à remplir cet objectif » (art.85). Par conséquent, même si les détails pratiques sont encore à définir, plusieurs grands principes sont posés dans le texte du projet de loi:

  • l'information environnementale concernera le couple produit/emballage
  • elle résulte d'une analyse du cycle de vie (ACV)
  • l'information fournie dépendra de la catégorie de produit
  • elle comprendra obligatoirement le contenu carbone mais pas uniquement(approche multicritères)
  • la méthodologie devra être suffisamment simple et abordable) pour pouvoir être mise en œuvre par les TPE.

Les travaux en cours par l'ADEME et l'AFNOR

Suivant les recommandations du COMOP231, l'ADEME et l'AFNOR ont été chargés par les pouvoirs publics d'élaborer les méthodologies nécessaires par catégories de produits. C'est l'objectif de la plateforme «affichage environnemental des produits de grande consommation» dont les travaux associent plus de cent participants dont les associations professionnelles. La plateforme est organisée en 17 groupes de travail sectoriels et 2 groupes transversaux(méthodologie générale et format d'affichage).

Les premiers résultats des travaux de la plateforme sont le référentiel de bonnes pratiques BP-X30-323 de l'AFNOR (juillet 2008) et son annexe méthodologique (septembre 2009). Ces documents définissent les règles communes applicables à toutes les catégories de produits, les recommandations des groupes de travail sectoriels devant permettre de décliner ces règles par type de produit.

Le référentiel de bonnes pratiques édicte 3 principes phares:

  • l'affichage doit porter sur le couple produit/emballage tout au long du cycle de vie
  • un même format d'affichage pour tous les produits, multicritères mais simple (les critères peuvent différer selon les catégories de produit)
  • des méthodes de calcul identiques pour tous les produits

Déclinaison de la méthodologie par catégorie de produits

Les travaux des groupes sectoriels doivent notamment définir par catégorie de produit:

  • l'unité fonctionnelle, c'est-à-dire l'unité de choix et de comparaison pertinente pour le produit considéré (par exemple, pour un produit alimentaire, cette unité peut être le kilo ou le litre alors que pour une lessive il est plus approprié de comparer les performances de deux produits pour une quantité permettant un même nombre de lavages)
  • les enjeux environnementaux spécifiques
  • les indicateurs permettant de rendre compte des enjeux identifiés
  • les données à prendre en compte et notamment la répartition entre données spécifiques, propres à l'entreprise, et données génériques, issues de bases de données
  • les règles d'allocation des impacts entre les différents co-produits (par exemple, comment répartir, entre le lait et la viande, les impacts environnementaux d'une vache?)

Mise en place d'une base de donnée de référence

Les méthodologies développées s'apparenteront à des ACV simplifiées. L'un des enjeux est de réduire les coûts de collecte des données qui représentent typiquement 60% du coût d'une ACV. Pour cela, les méthodes de calcul, utiliseront à la fois des données spécifiques aux produits (données primaires) et des données issues de bases de données (données secondaires). Il existe aujourd'hui de nombreuses bases de données donnant des facteurs d'impacts parfois très différents pour un même produit. Des travaux de normalisation sont menés par l'ADEME afin de constituer une base de donnée publique de référence.

Quel format d'affichage?

De nombreuses questions restent ouvertes concernant le format d'affichage parmi lesquelles:

  • Le nombre d'indicateurs doit-il être le même pour toute les catégories de produits?
  • Faut-il agréger certains indicateurs?
  • Faut-il indiquer des valeurs absolues ou un code de type A, B, C... comme sur les étiquettes énergie?

Calendrier

L'affichage environnemental devrait être obligatoire dès le 1er janvier 2011 selon le projet de loi Grenelle II. Aujourd'hui, à 13 mois de cette échéance, de nombreuses questions méthodologiques ne sont pas encore tranchées. Les conclusions des groupes de travail catégoriels les plus avancés sont attendues vers mars 2010 mais plusieurs groupes ont à peine commencé leurs travaux. Les décrets d'application devraient paraître courant 2010, après remise des conclusions des groupes de travail catégoriels et du GT format d'affichage.

Pour une application début 2011, le planning apparaît donc serré!


19/11/2009
Geoffroy Hureau – terravada – 06 87 14 17 68

Terravada, cabinet de conseil en Stratégie Carbone. Terravada participe aux groupes de travail sur l'affichage environnemental. www.terravada.org

1 COMOP23: Comité opérationnel n°23 « Consommation » - Grenelle de l'environnement.

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